Sur les bons conseils de Tidde, j'entreprends de faire une longue balade à vélo de La Haye à Delft en passant par Hoek-van-Holland. Après avoir réglé la selle du vélo d'Anne, je pars vers la Schoolstraat, où se trouve une librairie de voyage dans laquelle je pourrais trouver une carte des pistes cyclables de la région. La librairie est fermée et je m'en tiens donc à prendre un café et un croissant avant de partir vraiment. Finalement, je n'aurai quasiment jamais besoin de carte, tellement les pistes sont nombreuses et
bien indiquées. Cela dit, heureusement que Tidde m'avait expliqué qu'il fallait aller à Kijkduin pour prendre la piste le long de la mer car les panneaux indiquent une route plus directe mais moins sympa vers Hoek-van-Holland.

Sur la route vers Kijkduin qui ne sort jamais de la ville, je traverse des quartiers résidentiels et, à un moment, un jardin municipal charmant. Il y a un petit canal, des jolis arbres et des animaux. Je crois voir un héron en pleine ville ! Finalement, j'arrive à Kijkduin, qui est la deuxième station balnéaire de La Haye. Il est 10h15, un vendredi et tout est fermé sauf un hôtel. La station n'a
rien de particulier mais en arrivant sur le front de mer, la vue est frappante : la mer est déchaînée, elle est grise et semble froide (on reconnaît bien la mer du Nord), au large passent de nombreux tankers énormes et au Sud, on voit des docks et des usines du bout du port de Rotterdam. Il n'y a quasiment personne sur la plage, pas mal de vent, c'est vraiment une sensation étonnante, qui contraste beaucoup avec le calme de la ville.
De là je pars vers le Sud et le "Coin de la Hollande" en empruntant la piste qui passe derrière les dunes (on ne voit pas la mer) mais légèrement au-dessus des polders. Cette piste fait partie d'une longue piste qui suit tout le littoral néerlandais. Elle est effectivement très agréable : il n'y quasiment personne, peu de vent grâce aux dunes, et une
belle vue sur le polder. Peu avant d'arriver dans la ville de Monster, je redescends sur la plage où je suis cette fois-ci vraiment
tout seul. Même mer déchaînée, même
panorama mais une nouveauté : sur la plage,
des jeeps de l'armée ou de la police apprennent à rouler sur le sable. Derrière l'instructeur, elle
font des tours, se garent ou roulent simplement.
Après Monster commence le royaume de la serre. Partout, protégées par les dunes, des serres ont été construites pour cultiver des radis, des tomates, des fleurs, etc. Cela donne aussi
une belle vision. J'essaie, avec difficulté et à contre-jour, de prendre une photo avec
des serres et un moulin. Dans certains cas, les serres entourent la maison du propriétaire, souvent neuve mais pas toujours de bon goût. Les enfants
jouent au tracteur avec leur père.
A un moment, les serres cèdent leur place à des constructions pas très éloignées : des
séries de maisons de vacances très serrées, très petites et très uniformes. L'analogie est amusante. A un moment, j'ai même droit à un
coin de ciel bleu.
Alors que j'imaginais les Pays-Bas hyper denses et avec des gens partout, je suis la plupart du temps le seul sur la piste.
Finalement, j'arrive à Hoek-van-Holland et je redescend sur la plage. Il y a un
chemin en béton qui a été posé sur la plage, probablement pour descendre des bateaux ou pour permettre à des handicapés de voir la mer. Sur la même plage, des poteaux avec des panneaux ont été plantés pour permettre de
faire de la pub sur la plage ! Les pays-Bas sont étonnants avec ce mélange d'écologie et de tolérance d'une part, de commerce et d'argent d'autre part.

En approchant du vrai "coin de la Hollande", la piste s'éloigne du littoral et je peine un peu à trouver ce "coin". Je gare finalement le vélo et continue à pied : il y a une promenade le long du fleuve qui permet d'admirer les
tankers qui passent. Pour garantir une sortie facile du port, un "pier" a été construit. Dans sa première partie, il est constitué essentiellement de blocs de pierre dont la plupart ont
un anneau. Est-ce pour pouvoir les replacer ? Des centaines de
mouettes restent là à attendre l'arrivée d'une nourriture amenée par les
vagues, tout en se tenant
à l'écart des pêcheurs et des passants. Au bout du pier, il y a un
phare et une belle
vue sur l'entrée du port. En tout cas, ça y est, je suis bien au
Coin de la Hollande !
Je repars en passant par la plage et me met en quête d'un endroit où manger. Je me dirige vers la ville de Hoek-van-Holland et passe devant des restaurants fermés. Il faut savoir que la moitié des restaurants néerlandais ont un
nom français et à Hoek-van-Holland, un restaurateur à voulu faire français mais s'est
un peu trompé ! Finalement, j'atterris, près du terminal de ferries, dans un "Vishandel", c'est-à-dire une petite échoppe qui vend du poisson. Je fais confiance aux marins qui y mangent et j'ai bien raison car mon cabillaud frit est
délicieux ! Après quelques courses chez Albert Heinje, je repars, vers Delft cette fois.
Je déprime un peu quand je vois "Delft 18 km" mais je n'ai pas vraiment le choix et là encore, la piste est rapidement agréable. Elle passe à nouveau dans un parc à Hoek-van-Holland, puis elle emprunte une petite route de campagne
bordée d'arbres et réservée aux cyclistes. Là, il y a plus de champs mais toujours pas grand-monde. Puis la piste s'arrête et il faut rouler avec les voitures puis le long d'une grosse route. Il y a du vent, c'est assez pénible. Si bien que quand je vois un itinéraire vert (c'est-à-dire pittoresque) qui rajoute 4 km vers Delft, je le prends quand même. Me voilà à nouveau sur des routes réservées aux cyclistes, au milieu des serres et rencontrant toutes sortes d'animaux. Durant toute cette journée, j'aurais vu des chats, des chiens, des
chevaux, des
boeufs, des vaches, des
moutons, des
autruches, des
biches, des hérons, des
pies, des mouettes, des pigeons, des poules. Je suis très étonné car malgré le niveau de vie élevé des Pays-Bas, de nombreuses maisons ont encore une basse-cour ou deux moutons dans le jardin.
En approchant de Delft, le trafic cycliste se fait plus dense. En particulier, de nombreux lycéens reviennent à vélo de Delft. Parmi les cyclistes circulent quelques mobylettes et je constate une autre particularité néerlandaise : le casque n'est pas obligatoire ! Même les policiers
ne le portent pas !
A Delft, je me fie au guide vert que m'ont passé Anne et Tidde et fait le tour de la ville. Je rentre dans la
"Nouvelle Eglise", qui abrite les sépultures de tous les rois et reines de la dynastie d'Orange-Nassau, qui a libéré les Pays-Bas de l'occupant espagnol et règne toujours sur le pays. Seul Guillaume III, également roi d'Angleterre, est enterré à Westminster. Et donc, dans cet équivalent de la Basilique de Saint-Denis, j'admire le travail raffiné des
vitraux de cette église réformée (je suis
mauvaise langue). Comme j'ai un peu de temps, je visite l'église comme je n'ai jamais visité une église : en lisant tout le prospectus et en cherchant dans l'église les différents éléments dont il parle. J'apprécie particulièrement la mention au-dessus du mausolée de Guillaume Ier, qui indique qu'il a levé par deux fois des armées pour combattre le roi d'Espagne et cela "à ses frais" ! Cette mention fait écho à une discussion de la veille où Anne et Tidde m'expliquait qu'il fallait que le Premier Ministre habite dans un logement modeste car il est payé avec les sous de l'Etat. Déjà au XVIème siècle, l'investissement financier personnel du roi avait son importance.

Le tour continue dans la belle ville de Delft, plus typique et charmante que La Haye. Il finit dans l'"Ancienne Eglise", l'autre grand bâtiment religieux de la ville, dont la tour
penche sérieusement. Avant de partir, je part à la recherche d'une assiette en porcelaine royale de Delft dont le motif est le personnage pour enfants Miffy. Je me dis que Louise sera contente de manger sa banane matinale là dedans. Je vais d'abord au centre Vermeer de la ville, où l'assiette est en vitrine. Le centre devrait être ouvert mais une affiche indique qu'il est fermé pour cause de faillite ! Le français habitué à la culture subventionnée que je suis hallucine gentiment devant ce fait, alors que Vermeer est un des personnages les plus illustres de la ville. Finalement, j'en trouve une autre dans un magasin de porcelaine. La dame va me chercher l'assiette et m'indique le prix : 119 euros ! J'aime ma fille mais je renonce.
Enfin, le retour à La Haye, avec énormément de vélos et, à nouveau, un
héron au milieu de la ville. J'ai fait
50 km et je suis content. Merci à Tidde pour le plan, merci à Anne pour le vélo et merci à tous les deux pour l'accueil.
Toutes les photos sont
là. Et la playlist, c'est en pièce jointe de ce billet (si vous êtes sur la page d'accueil, cliquez sur le titre du billet.