lundi 13 juillet 2009

J'ai suivi les Ashes (et j'ai bien aimé)

Le mois de juillet est un mois difficile pour l'amateur de sport : le foot est terminé depuis longtemps, Roland-Garros et Wimbledon aussi, il n'y a plus de rugby et le sport qui est censé tenir l'affiche, le Tour de France, demande une foi en l'Homme que je n'ai pas. Du coup, on se rabat sur des informations de seconde classe : les transferts, les matches amicaux (Nantes a perdu contre le Dinamo Bucarest mais a obtenu le nul contre Bastia), les annonces plus ou moins foireuses (le nouveau maillot des Canaris est pas mal, faudrait juste virer le sponsor), etc.

Heureusement, certains donnent de leur personne, comme Robert Louis-Dreyfus, pour animer un peu tout ça mais est-ce encore du sport ?

Cette année, plutôt que de traîner ma peine tout le long du mois, ou de me rabattre, inévitablement, sur les cylistes, j'ai décidé d'emboîter le pas de nos amis anglais, bien plus grands amateurs de sport que nous autres et qui ont trouvé une belle solution à ce vide calendaire. Ça s'appelle les "Ashes" et c'est du cricket. Et je peux vous garantir que ça vous remplit un mois et même deux, sans problème.

On était à Londres la semaine dernière et j'ai acheté le Guardian avec le supplément de 24 pages sur l'événement pour me préparer un peu. Puis je suis allé faire un tour sur Wikipedia pour connaître plus précisément les règles. Enfin, à partir de mercredi 8, premier jour du premier test des Ashes, je me suis branché sur guardian.co.uk pour suivre le "over-by-over report" de Rob Smyth et Andy Bull.

Un peu d'histoire (et de contexte)

team_france_cricket.jpgLe cricket est un vieux sport, comme beaucoup de sports traditionnels anglais : selon l'ICC[1], on jouait au "criquet" dans le Nord de la France en 1478. Malheureusement, nous n'avons pas su maintenir cette belle compétence et je pense pouvoir dire que la politique d'immigration de MM. Sarkozy, Hortefeux et maintenant Besson pourrait porter un coup fatal à l'équipe de France de cricket, surtout si elle vise particulièrement l'Inde, le Pakistan et le Sri Lanka.

La France est actuellement 11ème en Europe, derrière Jersey, Guernesey et Gibraltar quand même.

Donc le cricket est ancien et les Ashes aussi, donc : les Anglais ont cette faculté de créer et maintenir des trophées sportifs autour de belles histoires (un peu comme nous quand on fait la Coupe de la Ligue). Je raconterai à ceux qui veulent la création de la Coupe de l'America mais pour les Ashes, tout se joue en 1882, quand l'Australie, ce pays de bagnards dégénérés, bat l'Angleterre en Angleterre, grâce à la nullité de l'équipe anglaise (qui n'avait que 85 runs à marquer dans le deuxième inning !). Le lendemain, le Sporting Times publie un avis de décès annonçant la mort et la crémation du cricket anglais et le transport de ses cendres en Australie :

British Library - Sporting Times 02/09/1882  p5 (The Ashes

En 1883, en Asutralie, "des dames" (on n'en saura pas plus) brûlèrent des trucs et les mirent dans une urne en terre cuite, qui sert maintenant de trophée. Et donc, depuis, Australie et Angleterre se rencontrent tous les un an et demi, deux ans, pour ce trophée.

Ces derniers temps, l'Angleterre avait tendance à se faire rosser (disons qu'ils ont perdu 9 des 10 dernières séries) mais ils ont réussi l'exploit de gagner chez eux en 2005 et ont du mal à s'en remettre (même s'ils se sont pris 5 manches à 0 en Australie en 2007).

Tout ça pour dire que cette confrontation des Ashes est un événement sportif important en Angleterre, au point que le "Ashes" est apparu pendant un jour dans les "trending topics" de Twitter (c'est dire). Je pense que cette dernière phrase aura achevé de décourager le dernier lecteur qui avait tenu jusqu'ici mais je démarre juste alors je continue.

Les Ashes 2009 : comme se tenir au courant ?

Est-ce vraiment nécessaire de rappeler les bases du jeu de cricket ? Bon allez ok :

  • C'est un sport collectif de batte et de balle
  • Ça se joue à 11 contre 11
  • Les 11 joueurs d'une équipe battent chacun leur tour jusqu'à que 10 soient éliminés (soit le lanceur fait tomber le "guichet" derrière le batteur, soit une balle battée est attrapée de volée)
  • Chaque fois que le batteur tape la balle, il peut faire une ou plusieurs "courses" ("runs" en anglais) s'il a le temps. 1 run = 1 point.
  • Puis c'est à l'autre équipe de battre
  • Si on est courageux, on fait ça deux fois
  • Pour les Ashes, on est très courageux, donc on fait ça deux fois mais, comme pour tous les Test-matches, il y a une limite de temps (ouf !) fixée à cinq jours de 6 heures chacun (argh !)
  • Si on n'a pas fini dans les temps, c'est match nul, sinon, celui qui a le plus de points à gagner.
  • Et comme c'est un Test-match, tout le monde est en blanc avec des petits débardeurs sur la chemise pour faire joli et pas prendre froid et des chapeaux pour pas prendre chaud :

CRICKET-ASHES/

Sur cette image, il y a deux australiens, un arbitre et cinq anglais : Sauras-tu les reconnaître ?

Les Ashes 2009 ont donc commencé le 8 juillet pour une série de 5 tests, qui s'étalera jusqu'à fin août. Etant donné que "l'action" se passe dans la journée (entre midi et 19h heure française), j'ai limité mon suivi à la page de The Guardian ouverte au boulot et se rafraichissant automatiquement. Et, comme je sais que mon chef me lit parfois ici, je n'ai pas tout lu, heureusement. Par contre, je regardais régulièrement leur petit outil dit "Hawk-Eye", qui permet d'avoir des infos synthétiques sur le match. Mon graphique préféré est le "Win likelihood", qui calcule en temps réel les chances de gagner de chaque équipe. Je vous mets la version de samedi 15h, où l'on voit que les Anglais avait déjà perdu tout espoir de gagner mais pouvaient raisonnablement espérer le match nul (75% de chances) :

Win_likelihood.jpg

Après, comme on n'a pas l'image, on a des beaux graphiques représentant où les balles ont été envoyées sur le batteur et où elles ont été renvoyées par le batteur (le terrain de cricket est ovale) :

balles.jpgbattes.jpg

Enfin, les commentaires du Guardian sont plutôt agréables à suivre : comme le journaliste passe la journée derrière son ordi et qu'il sait que pas tant de monde que ça va le suivre, il fait des commentaires assez libres. Voici quelques exemples (je les laisse en anglais) :

There seems to be some kind of 'hackers conference' going on downstairs in the office, which means the canteen is jam-packed with bearded liggers who have bagged all the lasagne and used up all the ketchup. Grrr. (samedi, Lunch)

Seriously: I'm in a zone of the most serene happiness, like I'm floating on air, or maybe taking a magic carpet ride on a rug made entirely of your hair. (Mercredi 81ème over)

"I am starting to believe that the last ever wicket in test history has been taken" mourns Alex Papakyriacou. Yes, this is getting to be a little like Francis Fukayama's take on history after the fall of the Berlin wall isn't it? (Jeudi, 69ème over des australiens, alors que les australiens ont marqué 185 points (c'est beaucoup) sans qu'aucun ne soit éliminé) (NDB : Alex Papakyriacou est un lecteur du compte-rendu)

He timewastes shamelessly by pretending to need treatment needs treatment as as result, but is okay to resume after a quick spray. (Dimanche, 70ème over)

Tony Soprano constantly wondered, "Whatever happened to Gary Cooper? The strong, silent type." He's out there now, and I have more man-love for him than I could possibly articulate. (Dimanche, 90ème over)

C'est bien beau tout ça, mais ça a donné quoi le match ?

Je vais essayer de faire simple mais il y a quand même 30 heures de match à résumer :

  • Premier jour, première manche, Angleterre à la batte : l'Angleterre s'en sort pas mal semble-t-il. Trois batteurs éliminés rapidement mais une belle série ensuite (138 points sans élimination). Malheureusement K. Pietersen se fait éliminer sur une balle très facile, qu'il aurait visiblement pas dû tenter de frapper. La fête est un en plus peu gâchée quand le lanceur australien Siddle élimine deux Anglais coup sur coup juste avant la fin de la journée. Score pour l'Angleterre à la fin de la journée : 336-7 sur 90 overs (soit 336 points/runs et 7 gars éliminés (il en faut 10 pour finir la manche je rappelle) ; chaque over correspondant à 6 lancers de balles, ça fait 540 lancers dans la journée). Je vous épargne les scores "at lunch" (13 heures locales) et "at tea" (15 heures 30 locales).
  • Deuxième jour, première manche, Angleterre à la batte : La bonne période anglaise dure un peu en matinée avec le bon Swann (un joueur complet semble-t-il, qui finit non battu (il en reste toujours un)) et se termine sur l'élimination de Panesar pendant le 107ème over. Au final, les Anglais marquent 435 points/runs, ce qui est bien et l'espoir est permis. Les meilleurs côté anglais : Pietersen (69 points) et Swann (47 points mais en 40 balles, ce qui fait un bon ratio). Côté australien, Johnson a sorti trois Anglais pour une moyenne rendue de 3,95 runs/over et Hilfenhaus a la meilleure moyenne avec 2,85.
  • Deuxième jour, première manche, Australie à la batte : Gros démarrage des Australiens avec le jeune Phillip Hughes avant le "lunch". Heureusement pour les Anglais, il est calmé par Flintoff (qui a l'air d'être le lanceur star de l'Angleterre, voir ici) au 15ème over (avec déjà 60 points/runs quand même). Là les Anglais y croient mais ils vont traverser le désert : les Australiens Katich et Ponting (le capitaine) prennent le relais à la batte et il resteront là toute la journée... A 18h locales, le jeu s'arrête après le 70ème over et l'Australie en est à 249-1. Les Anglais doivent toujours sortir 9 batteurs adverses avant de lancer les deuxièmes manches. Au passage, Katich et Ponting passent chacun un "century", soit 100 runs dans la même manche.
  • Troisième jour, première manche, Australie à la batte : la nuit n'a pas porté conseil aux lanceurs anglais et on continue comme la veille. Ce n'est qu'au 85ème over (soit 90 balles lancées depuis le matin) que Katich est éliminé. Les Anglais auront une relativement bonne série avant le "lunch" en en sortant deux autres mais après le déjeuner, même topo que la veille, rien ne se passe avant le 137ème "over", peu avant 18 heures locales. A la fin de la journée, les Australiens ont pris les devants : ils ont marqué 479 points/runs et il leur reste 6 batteurs. Le journaliste du Guardian et les lecteurs sont déprimés par la nullité de leurs lanceurs. Les Australiens semblent jouer la sécurité : ne pas marquer des tonnes de points mais ne pas se faire sortir. A ce stade, je ne saurais pas dire si c'est une bonne tactique.
  • Quatrième jour, première manche, Australie à la batte : Pour le journaliste du Guardian Andy Bull, la journée s'annonce bien. Il devrait pleuvoir une bonne partie de la journée, ce qui retardera l'issue du match et permettra probablement aux Anglais d'arracher le nul (assez immérité si je comprends bien). Belle ambition. Dans les faits, il ne pleuvra vraiment que l'après-midi, alors le cirque continue jusqu'à après le "lunch" : aucun Australien éliminé avant le 181ème over. Quand enfin Haddin est sorti sur un lancer de Collingwood attrapé par Bopara, le capitaine australien "declares", c'est-à-dire renonce à taper la suite : ce n'est pas un mauvais calcul car les Australiens ont alors marqué 674 points/runs, soit 239 de plus que les Anglais. 674, c'est le 6ème plus gros total jamais marqué par les Australiens et le gros dans les Ashes depuis 1938. Autant dire qu'ils sont à l'aise. Pour les Anglais, la victoire est inaccessible depuis longtemps mais il leur faudra quand même marquer les 240 points qui leur manquent dans la deuxième manche, avant le dimanche soir. Ça peut sembler facile mais vous allez voir qu'ils sont plutôt mauvais.
  • Quatrième jour, deuxième manche, Angleterre à la batte : Donc, l'Angleterre repart avec tous ses batteurs pour marquer 240 points en un peu plus d'un jour. Et ça commence particulièrement mal avec deux batteurs sortis aux 5ème et 6ème overs, soit après que l'Angleterre a marqué seulement 18 points ! Et si je comprends bien, les premiers sont toujours les meilleurs à la batte. Autant dire que là où ça semblait relativement facile, ça devient bien stressant pour les Anglais. Heureusement pour eux, la pluie tombe peu avant le "tea" et la journée se termine à 20-2 pour les Anglais. Le temps pour dimanche est beau.
  • Cinquième jour, deuxième manche, Angleterre à la batte : c'est le dernier jour du Test et ce sera, si j'ai bien compris, de très grands moments de cricket. Avant le "lunch", l'Angleterre perd encore 3 batteurs et doit encore marquer 138 pour espérer ne pas perdre. Bopara et Pietersen peuvent avoir particulièrement honte, avec moins de 10 points marqués (ce dernier se faisant sortir sur une nouvelle erreur d'appréciation). La tension monte : les Anglais doivent à la fois marquer plus de points que les Australiens et même s'ils le font mais se font tous éliminer, il faudra avoir marqué assez de points pour que les adversaires ne remontent pas la différence dans le temps imparti. Et oui, il peut y avoir du suspense dans un match de cricket, même après 5 jours.
  • Le "finale" : Côté anglais, seul Collingwood tient la baraque, les autres se faisant patiemment éliminer par les lanceurs australiens (169-7 au thé : encore 70 runs de retard). Il reste alors deux heures et 34 overs aux Anglais pour sauver le match nul avec seulement 4 batteurs restants. Au 94ème over, Collingwood sort et il ne reste que deux batteurs (de seconde zone) : Anderson et Panesar. L'Angleterre a encore 6 points de retard : si un des deux se fait sortir, c'est fini. Heureusement pour eux, ils arrivent à dépasser les Australiens au 98ème over. Maintenant il faut tenir jusqu'au 105ème over ou sinon espérer prendre une avance suffisante pour les quelques lancers que les Australiens auront. Là, le journaliste passe du "over-by-over" au "ball-by-ball". Finalement, les deux batteurs anglais ne mettent que 6 points en 4 overs mais ne cèdent pas. L'Angleterre termine à 252-9 et c'est un match nul. Il leur aura fallu 22 batteurs pour marquer 13 points/runs de plus que les 7 batteurs australiens mais ils n'ont pas perdu et ça, ça semble être un exploit.

Pour illustrer cela, je vous mets le graphique de % de chances de gagner final :

Win_likelihood_fin.jpg

Voilà, c'est fini, je n'ai pas réussi à faire court. Deuxième test à partir du 16 juillet au Lord's.

Conclusion ?

En France, on aime bien ne pas aimer les Anglais et le cricket est un sujet de moquerie facile : les matches durent 5 jours, ils ne se passent rien, les joueurs sont en pull et tous en blanc et on comprend rien aux règles. Chez nous, ils sont quand même 4 millions pour suivre les étapes de plat de Tour de France où il ne se passe pas vraiment plus de choses mais bon il y a des beaux paysages quand même.

Avant de suivre ces Ashes, j'étais quand même intrigué par ce sport typiquement britannique, si difficile au premier abord, mais qui déclenche l'hystérie en Inde et au Sri Lanka (les deux pays où j'ai eu l'occasion d'en regarder un peu). Il devait y avoir quelque chose.

Après cinq jours, plusieurs de mes préjugés sont donc tombés :

  • Oui le cricket est un sport : même s'ils ne font rien la plupart du temps, les joueurs doivent faire preuve de concentration et d'endurance. J'imagine qu'il est difficile de rester attentif après avoir passé 4 heures à batter. Et je conçois que les joueurs anglais aient craqué sous la pression dans la deuxième manche. Ce n'est pas un sport où on sue beaucoup mais c'est un sport quand même.
  • Oui le cricket peut être intéressant : les dernières minutes de la dernière journée l'ont prouvé. Il peut y avoir du suspense et je conçois qu'on scotche devant sa télé pour regarder ça. Après, le deuxième jour, quand l'Australie jouait la sécurité, ça a l'air d'avoir été assez chiant quand même.
  • Oui ça a un sens de faire un match sur 5 jours : c'est le temps qu'il faut pour installer un rapport de forces et psychologiquement, 5 jours c'est long et il faut tenir en motivation et concentration. Je comprends que le cricket se tourne de plus en plus vers des formats courts (One-Day International et Twenty20) mais le format des Test matches est cohérent : c'est le seul où tous les joueurs de chaque équipe passent à la batte.

Enfin, j'aime bien ces sports traditionnels britanniques, où il n'y a pas vraiment de Coupe du Monde et où toutes les équipes viennent plus ou moins du Commonwealth. J'aimais bien par exemple quand il n'y avait que le Tournoi des V Nations et les tournées de Test-matches en rugby. En cricket, tout ça existe encore et c'est encore plus net : seules 10 "nations" peuvent faire des Test-matches entre elles et parmi celles-ci, il y a les "Indes occidentales", qui est la "nation" des anciennes colonies britanniques dans les Caraïbes. Je pense que c'est unique dans le sport.

Et comme en plus ce match a rapidement tourné à l'humiliation de l'Angleterre, ce qui est toujours plaisant, c'est donc un bon souvenir d'avoir suivi les Ashes (enfin, le premier match).

Notes

[1] International Cricket Council

 

mardi 31 juillet 2007

Bons débuts

Si on avait su, on serait venus plus tôt en Ligue 2 :

(Désolé pour la qualité)

 

samedi 26 mai 2007

Même pas de Créteil-Nantes l'année prochaine...

ligue2.jpg Une bien mauvaise soirée que la dernière journée de Ligue 2. Alors que je n'ai toujours pas fait le deuil de la descente de Nantes, les deux motifs de compensation que je pouvais trouver en Ligue 2 ne se sont pas concrétisés hier soir :

  • Amiens, malgré une série de 5 victoires lors des 5 derniers matches, n'a pas réussi à accrocher la troisième place
  • Créteil, sur qui je comptais pour aller voir Nantes la saison prochaine, descend en National...

Comme dans le même temps, le Paris FC finit à une belle mais insuffisante sixième place du National, il n'y aura pas de matches de Nantes à Paris l'année prochaine. Maintenant, il va falloir que me passionne pour les Nantes-Châteauroux et autre Nantes-Boulogne sur Mer pendant un an (voire plus) tout en trouvant une équipe à soutenir en Ligue 1. Ce sera probablement Lille, mais sans passion.

 

vendredi 25 mai 2007

80 ans après, un nouveau titre ?

STC1927.jpg]

80 ans après leur dernière Coupe Stanley, les Sénateurs d'Ottawa ont la possibilité de la remporter à nouveau, comme me le fait remarquer Ioane. Ça commence lundi et c'est contre les Mighty Ducks (ou dit-on les Canards Puissants ?) d'Anaheim.

C'est l'occasion de faire un peu d'histoire de la Coupe Stanley, le plus important trophée du hockey nord-américain, voire mondial (avec les JO). Au départ, la Coupe Stanley, appelée Dominion Hockey Challenge Cup est un trophée attribué au vainqueur de la meilleure ligue d'équipes de hockey canadiennes. En 1893, la première année où la Stanley Cup fut mise en jeu, ce fut le vainqueur du championnat québécois de l'Association de Hockey Amateur, les "Montréal AAA" qui fut désigné premier vainqueur de la Stanley Cup (en fait, c'est un peu plus compliqué que ça puisque le vainqueur de la ligue de l'Ontario, les Ottawa Generals contestèrent ce titre ; un tournoi fut donc organisé à l'issue duquel les Montréal AAA battirent les Ottawa Generals).

Progressivement, entre 1894 et 1926, l'étendue géographique de la compétition s'agrandit, avec le premier titre d'un club non québecois, les Winnipeg Victorias, en 1896 puis le premier titre d'un club non canadien, les Seattle Metropolitans, en 1917 (consécutive à l'extension en 1914 du titre de la Coupe Stanley à toute équipe du monde). Tout cela dans un contexte de concurrence entre les ligues pour asseoir une suprématie sur le Canada, puis sur l'Amérique du Nord. Notons également qu'entre 1893 et 1914, l'attribution de la Coupe fonctionne sur le mode du "Challenge" : n'importe quelle équipe ayant terminé première de sa ligue peut "challenger" le détenteur de la Coupe Stanley et la lui prendre. C'est le même système qui perdure aujourd'hui dans la Coupe de l'América en voile. A partir de 1914, l'attribution du trophée devient annuelle et oppose les vainqueurs des deux (puis momentanément trois) principales ligues professionnelles.

Si ce n'est qu'à partir de 1926 que le trophée est devenu la récompense officielle de la seule ligue NHL, l'âge d'or des Otawa Senators a commencé bien plus tôt. L'équipe d'Ottawa a donc participé au premier tournoi de la Stanley Cup mais c'est à partir des années 1900, qu'elle est devenue, aux dires des historiens du Hockey, la plus grande équipe des débuts de ce sport. Et effectivement, elle gagnera 10 titres entre 1903 et 1927 sous le nom de Silver Seven puis de Sénateurs (à partir de 1908).

Finalement, alors que la ligue s'étendait aux Etats-Unis, les venues d'équipes américaines n'intéressaient pas vraiment les spectateurs outaouais. De plus, la petite taille de la ville (127000 habitants en 1931 contre plus d'un million à Montréal et probablement plus de 600 000 à Toronto) ne permit pas aux propriétaires de rentabiliser la présence de leur équipe dans la LNH et à cause de cela, l'équipe rencontra des difficultés financières et périclita jusqu'à être transférée à Saint Louis sous le nom de "Eagles". Elle n'y survécut qu'un an, à cause des trop grands frais de trains pour aller jouer au Canada (!!).

Finalement, alors que les voisins Feuilles d'Erable et Canadiens prospéraient (respectivement 10 et 17 titres entre 1934 et 1992), Ottawa s'est endormie dans les ligues mineures jusqu'à la saison 1992, où la LNH décide de créer une nouvelle franchise à Ottawa, en reprenant le nom historique, les "Sénateurs", et en les dotant d'un nouveau stade, le Palladium (aujourd'hui Place Scotia Bank). En fait, le nouveau propriétaire a quand même dû aligner 50 millions de dollars, construire le stade à ses frais ainsi que toutes les routes pour y aller ! Comme dans les années 30, le faible bassin de population (un peu plus d'un million d'habitants aujourd'hui) a rendu la chose difficile mais ça s'est fait.

Le système de draft des ligues professionnelles américaines a permis à Ottawa (ainsi qu'à Tampa Bay, créée la même année et vainqueur de la Coupe Stanley en 2004) de progresser au sein de la hiérarchie du hockey nord-américain :

  • Premières Séries en 1996-1997 et toutes les saisons depuis (pas comme d'autres)
  • Premier passage de la première ronde des Séries en 1997-1998
  • Finale de Conférence en 2003
  • Finale de la Coupe Stanley en 2007

Il faut savoir qu'Ottawa est devenue une excellente équipe de saison régulière qui se transforme en médiocre équipe de Séries. Notons d'ailleurs les quatre défaites en 5 ans en Séries contre Toronto entre 2000 et 2004.

Cette année enfin, il semble que l'inverse se produise : un début de saison poussif, une fin de saison royale, enchaînée sur des Séries implacables contre Pittsburgh, New Jersey et Buffalo. Contre les Mighty Ducks, rien n'est joué, surtout que les deux équipes ne se sont pas rencontrées une seule fois de la saison. En tout cas, pour ce match là, Ottawa est soutenu par tout le Canada pour "ramener la Coupe à la maison" : les derniers vainqueurs canadiens étaient les Canadiens (sic) de Montréal en 1993 !

Pour conclure, il faut savoir que la Coupe Stanley est le seul trophée des grands sports professionnels nord-américains à être remis en jeu chaque année. De plus, chaque vainqueur à le droit d'écrire le nom des joueurs vainqueurs et, si nécessaire, d'ajouter une nouvelle bague à la Coupe. Du coup, elle est passée de ça : 300px-Premiere_Coupe_Stanley_1893.jpg à ça : 250px-Stanley_cup_closeup.jpg. Et elle pèse maintenant 15,5 kilos !

Ioane, j'espère que t'es satisfait !

 

dimanche 13 mai 2007

Les Sénateurs à deux matches de la finale de la Coupe Stanley

Comme me l'annonçait Clément, il semble qu'après une saison excellente, les Sabres de Buffalo faiblissent dans les séries. Ottawa a remporté les deux premiers matches à Buffalo et ça sent bon pour la Coupe Stanley !

229008_resize.jpg

 

dimanche 22 avril 2007

Triste fin

Hier, je crois que j'ai assisté au match de football le plus triste que j'ai jamais vu. Nantes a perdu 4-0 au PSG et définitvement perdu tout espoir de se maintenir en première division l'année prochaine. En plus, le Parc chantait comme je ne l'avais jamais vu et ça faisait encore plus mal.

 

mardi 17 avril 2007

32ème America's Cup

america's cupHier devait débuter la 32ème America's Cup avec la maintenant traditionnelle compétition entre Challengers, appelée Louis-Vuitton Cup. Les manches d'hier et aujourd'hui ayant finalement été reportées faute de vent, c'est donc demain que la compétition devrait commencer vraiment. Cette année encore, le défi français n'a que peu de chances de l'emporter mais ça ne m'empêchera pas de suivre la compétition (qui a le malheur d'être retransmise que sur Canal+ Sport...) attentivement.

Pourquoi ? Parce que l'America's Cup est une compétition sportive qui sait marier challenge sportif de très haut niveau et esprit fair-play avant tout, et ce, avant la recherche des intérêts commerciaux. Cette compétition fait partie des vestiges du sport passé, quand des hommes s'affrontaient essentiellement pour le prestige.

De plus, elle a conservé pour l'essentiel sa forme archaïque, ce qui fait tout son charme. En effet, 12 bateaux sont en course pour remporter l'aiguière d'argent mais un d'entre eux, le tenant du titre Alinghi, ne fera qu'un seul match en cinq manches, contre le vainqueur de la coupe des challengers, c'est-à-dire le meilleur des onze autres bateaux. Ce système se rapproche du système de la boxe, si ce n'est que l'ensemble de la compétition est rassemblée dans quelques mois.

L'autre aspect qui m'est sympathique est l'irrégularité de la compétition : elle a lieu environ tous les 4 ans mais ça peut être 3 ans, 5 ans ou 6 ans. C'est souvent un peu plus long quand un nouvel équipage gagne le trophée et doit alors construire toutes les installations nécessaires. Ces deux caractéristiques font de cette compétition un véritable "challenge" : les compétiteurs sont des voileux, qui concourrent régulièrement dans différentes compétitions (JO, régates, courses au large, épreuves de match-racing) mais qui, pour l'America, arrêtent toute autre activité et se préparent uniquement en vue de cette compétition, pendant 2, 3 ou 4 ans.

Dans mon esprit, cette compétition se rapproche d'autres épreuves au charle archaïque, comme le Tournoi des VI nations, les Ashes, la confrontation quadriannuelle entre les équipes d'Angleterre et d'Australie de cricket, la régate d'aviron annuelle entre Oxford et Cambridge ou encore, dans une moindre mesure les 4 tournois du Grand Chelem en tennis ou en golf. Comme par hasard, la plupart de ces compétitions sont d'origine anglaise et héritées d'un passé élitiste et colonial que ce pays continue de cultiver. Du côté français, on a toujours encouragé, à l'inverse, les compétitions qui mettent tout le monde sur un pied d'égalité, que ce soit la Coupe du Monde de foot (que les anglais ont commencé par boycotter) ou les JO.

 

lundi 26 février 2007

Vive les divisions inférieures !

Bon, Nantes enchaîne les matches nuls pendant que Sedan, Troyes et Nice collectionnent les victoires. Cinq points séparent le beau FCNA du premier non-relégable, le moche PSG, qu'on ne verrait pas en Ligue 2 non plus.

Du coup, je me rassénère en regardant les résultats des divisions inférieures : le Paris FC en National et la Rochelle en Pro D2 (rugby). Victoire 1-0 du PFC contre Cannes : le PFC est bien calé à la cinquième place du National, à seulement trois points du troisième, Boulogne. Et La Rochelle, malgré sa défaite chez le leader Auch, reste placé pour les play-offs d'accession au Top 14, à la cinquième place (un point d'avance sur le LOU).

La Rochelle, je suis légitime à les soutenir, pour avoir déjà vu un match à Marcel-Deflandre mais le Paris FC, il faut que je me dépêche d'aller Porte de Montreuil parce que sinon personne ne me croira quand je dirai que je les soutiens depuis le National.

 

Un beau Tournoi

Depuis quelques années, le Tournoi des VI Nations suscitait un intérêt constant mais menacé par la répétition et la domination de la France et de l'Angleterre. Le passage au professionnalisme a entraîné un retard important des "petites" nations (Irlande, Ecosse, Pays de Galles et Italie), qui a fait craindre que le Tournoi, compétition annuelle, devienne un simple rendez-vous entre la France et l'Angleterre. A l'appui de ce constat, on remarque que la domination de la France et de l'Angleterre ainsi que le nombre de Grands Chelems ont fortement crû ces dernières années (il faut savoir que dans les années 70, le Pays de Galles détenait la meilleure équipe du monde et a conquis 3 Grands Chelems grâce à cette génération dorée), comme le montre le graphique ci-joint.

VI nations

Heureusement, les "petits" pays commencent à rattraper leur retard, pour le bien de tous. Le Pays de Galles a remporté le Tournoi il y a deux ans (avec un Grand Chelem !) et l'Irlande était favorite pour cette année. Ce week-end contre la France, le Pays de Galles a failli nous refaire le coup d'il y a deux ans avec un départ tambour battant mais l'équipe de France a finalement gagné 32-21(mais 2 essais à 3). De son côté, l'Irlande a écrasé l'Angleterre comme jamais, 43-13, dans l'enceinte mythique de Croke Park, où tous les sports d'origine anglaise étaient interdits jusqu'à début février 2007. Enfin, et c'est la surprise, l'Italie a remporté sa première victoire à l'extérieur depuis son entrée dans le Tournoi en 2000, en battant l'Ecosse 37 à 17. C'est d'ailleurs pour l'Ecosse que l'on s'inquiète le plus : malgré une ressource plutôt plus riche que le Pays de Galles ou l'Italie, les écossais n'arrivent pas faire émerger un ou deux joueurs phares pour tirer leur sélection vers le haut, à l'image d'un O'Driscoll en Irlande.

Le rééquilibrage des forces en Europe est bénéfique pour toutes ces équipes en vue de la prochaine Coupe du Monde, en Europe, en octobre. En plus, on constate un vrai intérêt des joueurs pour le Tournoi. Alors que les tests matches de juin et de novembre sont réellement devenus des « matches amicaux », destinés surtout à tester des compositions, alors que d’autres compétitions ont été créées (la Coupe d’Europe notamment), le Tournoi conserve un attrait particulier pour les joueurs malgré sa répétition annuelle et son climat rigoureux. Du coup, les matches sont de grande qualité et, comme ce week-end, sont l’occasion du vrai bon rugby sur une chaîne publique. Pour preuve, le match Irlande-Angleterre de samedi a reçu 6 étoiles sur 6 dans l’Equipe pour la qualité du spectacle.

Enfin, et c’est un équilibre souhaitable, les clubs ont accepté de laisser les joueurs 7 semaines d’affilée pour l’Equipe de France car ils savent que la notoriété de leur sport vient de l’équipe nationale. C’est quand même plus sensé que les idées inutiles qu’essaie de faire passer le G14 en foot (à savoir le fait que les joueurs ''appartiennent'' aux clubs et que ceux-ci devraient être indemnisés pour les ''prêter'' aux équipes nationales).

Le Tournoi est donc la preuve que le rugby n’a pas encore complètement perdu son authenticité dans le professionnalisme et qu’il faut en profiter.