mercredi 18 février 2009

La SNCF, ou comment convertir les gens au libéralisme par des attentions quotidiennes (ou pas)

Aujourd'hui, expérience douloureuse au guichet SNCF : je veux me faire rembourser une place parmi cinq sur un billet aller-retour Paris - Bourg Saint Maurice fin mars. J'ai pris le billet le 12 janvier. Le guichetier fait la manip et m'annonce qu'il va me rembourser 109 euros alors que le prix du billet est de 160 euros par personne et qu'il est précisé qu'on peut se le faire rembourser intégralement avant le départ (billet "Loisir"). Pourquoi ? Parce que les cinq billets étant sur le même ticket physique, il a dû annuler les cinq billets et en reprendre quatre à la place, mais aux nouveaux tarifs, plus chers.

Déjà ça ça énerve. Mais quand le mec vous explique que si j'avais eu une carte Smiles ou que j'étais venu acheter les billets au guichet plutôt que sur Internet, j'aurais eu des billets individuels et j'aurais pu me faire rembourser intégralement une seule des cinq places, ça énerve un peu plus.

Quand enfin, il me reprend pour me dire que je ne suis pas un usager mais un client, je bouillonne. Déformation professionnelle oblige, je lui répond que j'ai hâte de pouvoir choisir un transporteur moins con que la SNCF pour mes billets de train.

Alors qu'au fond, mes convictions politiques ET économiques me laissent penser qu'un monopole économique est la meilleure solution pour le rail, vu que c'est un monopole naturel, où l'innovation ne semble pas nécessiter "l'aiguillon de la concurrence" (voir le TGV) et vu que la relation d'un monopole avec ses usagers est quand même beaucoup plus agréable pour ceux-ci que celle d'une entreprise privée avec ses "clients"/vaches à lait.

Cette expérience m'a donc confirmé dans l'idée que pour convertir les gens à la libéralisation et à la concurrence, le mieux n'est pas de leur expliquer que c'est pertinent économiquement (surtout qu'en ce moment, ce serait un peu dur) : il suffit qu'avant la libéralisation, on dise au monopole de se conduire comme une entreprise privée (mais sans concurrents), par exemple en créant des tarifs incompréhensibles ou en chipotant sur les conditions de remboursement. Au bout de quelques années, les clients seront tellement excédés qu'ils attendront avec impatience un concurrent pour se venger.

Bonne nouvelle donc, la concurrence sur le rail commence en 2010 (c'est pas une bonne nouvelle en fait).

PS : j'aurais aimé qu'on soit plus transparent quand on faisait voter les gens sur l'Europe, en leur expliquant qu'un des effets collatéraux, c'est la privatisation d'EDF, La Poste, la SNCF et France Télécom.

 

lundi 9 février 2009

Pour ceux qui en doutaient

Pour ceux qui doutent de la responsabilité de la France dans le régime de Vichy, l'ignoble M. Lefebvre rappelle qu'il n'y a pas besoin d'occupant pour se comporter comme un collabo : "La dénonciation est un devoir républicain" a dit ce brillant homme, qui doit regretter d'être né 65 ans trop tard.

(Mal)heureusement, lui et son chef travaillent dur pour que ce genre d'idées retrouve le succès qui a été le sien.

 

vendredi 26 décembre 2008

L'année de NS

Prenons la devise de la République :

Liberté : cette année, notre président a engagé la limitation, progressive et organisée, de la liberté de la presse et de l'information : l'enterrement de l'indépendance de télé (publique et privée), l'interdiction à des journalistes de faire leur travail, la loi "Création et Internet" (sic).

Egalité : Un bon exemple de la compréhension de ce concept par le président : Marchiani. Et ne cherchons surtout pas les responsables des milliers de personnes au chômage à cause de la crise financière.

Fraternité : Les 25000 reconduites à la frontière sont facilement atteintes cette année, la France n'est plus du tout une terre d'asile et quand elle l'est, c'est dans ces conditions.

Vivement 2009 !

 

samedi 28 juin 2008

Deux poids, deux mesures

Dans Libé hier sur les dissensions dans la majorité sur l'inclusion dans la Constitution d'un article anti-Turquie :

A ceux qui s’inquiètent qu’un président pro-turc puisse un jour imposer aux Français une adhésion dont ils ne veulent pas, Fillon explique qu’ils ont les garanties nécessaires grâce au «référendum d’initiative populaire».

Bizarrement, on n'a pas entendu grand monde (et pas vraiment libé non plus) quand "un président pro-Constitution européenne a imposé aux Français une ratification dont ils ne veulent pas".

 

jeudi 5 juin 2008

Les niches des riches

Un rapport parlementaire sur les niches fiscales résumé ici et (le deuxième lien est mieux).

Un cas pratique .

Je retiendrai l'expression "Un impôt juste est un impôt simple". Et l'impôt sur le revenu semble pas mal pour ça...

 

vendredi 25 avril 2008

Conneries

Hier soir, ma tendre mère me demandait pourquoi je ne regardais pas Sarkozy interviewé par Saint Yves Calvi.

J'ai répondu : "Pour pas m'énerver devant toutes les conneries et mensonges qu'il va dire et que les journalistes (y compris YC) ne reprendront pas".

Ce matin, je ne regrette pas : Y a-t-il un conseiller économique à l'Elysée ?

Et je ne vérifie pas si un de ces courageux journalistes l'a un peu titillé sur les liens, en vrac, entre non régularisation de sans-papiers qui travaillent et nourrissent plusieurs personnes dans leur pays d'origine, miles pour les policiers qui les escortent et niveau de l'aide au développement de la France.

 

mercredi 12 mars 2008

Taser débouté : une bonne chose

En ces temps où le manque d'humanité est élevé au rang de politique officielle de la République, ça m'a fait plaisir d'entendre que le juge des référés à rejeté ce matin la plainte de la société distributrice du Taser contre Amnesty. C'est un jugement au référé sur une question subsidaire (la publication par Amnesty d'un communiqué hostile à Taser) et donc pas un jugement au fond mais compte tenu que cet engin est classé par l'ONU dans les armes de torture (torture qui est bien interdite en France, non ?) et que bientôt 8000 policiers et gendarmes en seront équipés, c'est une petite victoire pour les Droits de l'Homme qui mérité d'être saluée.

 

samedi 9 février 2008

Souffle

Grâce au bon blog de François Clemenceau, je suis les élections primaires américaines et découvre ce matin une chanson composée à partir d'un discours d'Obama. Les américains ont quand même une capacité incroyable à trouver des hommes politiques avec un souffle qu'on ne connaît pas en France. Et les artistes arrivent à en faire des chansons qui savent vraiment jouer sur les notions d'espoir, de destin, d'unité et d'une manière générale de spiritualité qui caractérisent à mon sens la politique américaine. En France, c'est une chanson comme "T'auras mon vote Bayrou, ma voix Bayrou" qui illustre bien aussi la façon dont la politique est approchée : trop sérieux pour en faire des chansons, sauf si elles sont drôles.

La vidéo et les paroles de "Yes we can" :

It was a creed written into the founding documents that declared the destiny of a nation.

Yes we can.

It was whispered by slaves and abolitionists as they blazed a trail toward freedom.

Yes we can.

It was sung by immigrants as they struck out from distant shores and pioneers who pushed westward against an unforgiving wilderness.

Yes we can.

It was the call of workers who organized; women who reached for the ballots; a President who chose the moon as our new frontier; and a King who took us to the mountaintop and pointed the way to the Promised Land.

Yes we can to justice and equality.

Yes we can to opportunity and prosperity.

Yes we can heal this nation.

Yes we can repair this world.

Yes we can.

We know the battle ahead will be long, but always remember that no matter what obstacles stand in our way, nothing can stand in the way of the power of millions of voices calling for change.

We have been told we cannot do this by a chorus of cynics...they will only grow louder and more dissonant ........... We've been asked to pause for a reality check. We've been warned against offering the people of this nation false hope.

But in the unlikely story that is America, there has never been anything false about hope.

Now the hopes of the little girl who goes to a crumbling school in Dillon are the same as the dreams of the boy who learns on the streets of LA; we will remember that there is something happening in America; that we are not as divided as our politics suggests; that we are one people; we are one nation; and together, we will begin the next great chapter in the American story with three words that will ring from coast to coast; from sea to shining sea --

Yes. We. Can.

Et la vidéo de la reprise de K-maro :

 

vendredi 8 février 2008

Pas le temps...

Je n'ai pas le temps (ni le courage) d'écrire sur la ratification du Traité de Lisbonne mais je ressens la même chose qu'Emmanuel et José : un dégoût devant ce piétinement de la démocratie et du peuple et la crainte et la tristesse de constater que les beaux jours des Droits de l'Homme et du Citoyen sont derrière nous dans ce pays. Sans parler du traitement de ce vote dans les médias...

 

mercredi 5 décembre 2007

En vrac parce que ça plante après que j'ai écrit 30 lignes...

Pour ceux qui douteraient des liens entre Sarkozy et les Droits de l'Homme, je suis fier d'annoncer que la France est, avec l'Iran et le Kazakhstan, l'un des rares pays à avoir félicité Poutine pour l'élection frauduleuse de sa majorité parlementaire...

MàJ 06/12 : Libé fait sa une là-dessus aujourd'hui.

9782756010854.jpgSinon, je voulais parler de cette excellente BD, "Paroles sans papiers", qui permet de saisir un peu mieux ce que ça veut dire d'être sans papiers en France aujourd'hui et de se demander là aussi où sont les Droits de l'Homme. Ce que je voulais dire, c'est que pour moi, les sans-papiers en France sont comme les Intouchables en Inde : une population sans perspectives d'évolution, chargée des tâches les plus dégradantes de la société e qui permet de faire croire à tous les autres qu'ils ont une bonne situation tout en les pressant comme des citrons. Lisez-le, achetez-le.

 

lundi 26 novembre 2007

Toujours plus loin

A l'occasion de son voyage en Chine, Sarkozy a réussi, en une journée, à s'asseoir sur trois principes qui me semblent essentiels dans la protection des Droits de l'Homme :

  • D'abord, en rencontrant les dirigeants chinois, il légitime un régime autoritaire et antidémocratique et affaiblit donc la démocratie comme seul régime acceptable. Il va même jusqu'à demander la levée de l'embargo sur les armes decrété par l'Union Européenne suite à Tienanmen... (Dans ce domaine, il ne fait pas pire que Ségolène Royal, Jacques Chirac ou l'ensemble de la classe politique occidentale)
  • Ensuite, il renonce à convaincre les dirigeants chinois d'abandonner la peine de mort : Le Figaro se félicite même que le Président n'ait pas manqué d'évoquer les Droits de l'Homme et ait obtenu une diminution du nombre de cas passibles de la peine de mort. Whouaou ! (On n'en attendait pas moins d'une personne elle-même favorable à la peine de mort ; et puis le Figaro, il y est pas hostile non plus)
  • Enfin, il nie le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes en estimant que le Tibet fait partie de la Chine.

Bien évidemment, ce ne sont pas des gaffes et tout le monde mentionne les 20 milliards d'euros de contrats obtenus...

 

mercredi 21 novembre 2007

En vrac sur la grève

La grève dure (dure) et les médias en parlent. Pendant ce temps, ils ne parlent pas de ce qui compte, entre la faillite annoncée des Etats-Unis, la politique injuste, malhonnête et inutile du gouvernement, la planète qui déconne et le Président qui marche sur la démocratie et sur la liberté de la presse.

Tout ce qui compte, c'est la "galère" des usagers et surtout ce qui ne compte pas, c'est le point de vue des grévistes. Comme José, je suis pour un seul régime de retraites pour tous, qui tienne compte de la pénibilité/espérance de vie de chaque type de travail mais je reconnais que pour certains, cette réforme rompt le contrat qu'ils ont passé en entrant dans ces entreprises, et en renonçant parfois à d'autres avantages (salaire notamment). Et contrairement à ce qu'on essaye de nous faire croire, la plupart de ces gens-là ne sont pas des "privilégiés" ! C'est pas en gagnant 1900 euros brut par mois après 35 ans de carrière qu'on peut prétendre l'être.

Les vrais "privilégiés", eux, on n'en entend pas parler alors qu'on attend tellement d'eux. Il faut dire qu'on leur a donné 13 milliards d'euros par an pour qu'ils relancent la croissance française et ce ne serait vraiment pas responsable de ne pas le faire. En même temps, comme on les incite à acquérir du patrimoine et qu'on dépénalise les délits financiers, c'est pas bien sûr qu'embaucher des gens et créer de la valeur collective soit la meilleure solution à court ou long terme...

Cela dit, pas de stress pour le gouvernement, qui joue sur le pourrissement de la grève, tout en faisant culpabiliser les grévistes en déclarant que ça coûte 300 à 400 millions d'euros par jour. Fallait-il vraiment attendre le 8ème jour de grève pour la première réunion de négociation (aujourd'hui) ?

Au moins, contrairement à ce qu'aimeraient croire certains, on ne peut pas reprocher aux syndicats de prendre en otage les employés : même la CGT se range aux votes des AG !

Quant à moi, je dois juste faire attention aux nuées de vélos qui passent près de la crèche donc je ne me plains pas.

 

samedi 27 octobre 2007

MIse à l'épreuve

Bon, on est encore à Paris, 30 heures après l'heure de décollage de notre vol pour Bombay. Comme d'autres, notre vol direct, chèrement payé auprès d'Air France pour bénéficier des meilleures conditions au cas où on emmenait Louise, a été annulé. Bon, c'est pas pour nous que c'est le pire vu qu'on habite à Paris mais ça gâche bien le début des vacances, vacances qu'il faut en plus revoir complètement pour d'une part s'acheminer à Bombay (ça devrait être le cas demain avec Air India, 250 euros d'économie par personne), d'autre part visiter l'Inde (on vulait voir 5 villes du Rajasthan, ce sera probablement 3 ou 4).

Surtout, il faut faire la part des choses : c'est une grève des stewards et hôtesses qui a déclenché les annulations, plus nombreuses que prévu vendredi. Une grève pour avoir des augmentations de salaires et revoir les conditions de travail et lancée dans le cadre des renégociations sur ce sujet depuis lundi. D'un côté, mon penchant social n'éprouve aucune hostilité particulière pour la grève, qui est un moyen d'action légitime quand les négociations sont bloquées. D'un autre côté, ça ruine un peu les vacances des passagers : de ce point de vue, la lancer au début des vacances de la Toussaint est un peu gratuit de la part des syndicats.

Au final, il nous a fallu une bonne dose de mise en perspective pour accepter cette annulation et ses raisons et on s'est dit que tout ça, c'était de la faute de Sarkozy, qui en voulant mener des réformes sans concertation sur d'autres sujets, poussait les syndicats à lancer ce type de mouvement (c'est un peu facile mais c'est un peu vrai).

PS : pour info, les syndicats ne pas profiter des bons résultats récents d'Air France. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que les actionnaires en profitent.

PPS : Message pour les syndicats : attaquez-vous à la clientèle entreprises ! Pour les vacanciers, c'est quand même bien galère de trouver une solution de rechange alors que si la grève visait les vols empruntés par la clientèle d'entreprise, ça ferait probablement doublement mal à Air France : d'abord parce qu'ils devraient rembourser des billets chers, ensuite parce que les clients risqueraient d'abandonner définitivement Air France. En plus, la clientèle d'entreprises a souvent plus de moyens de se prendre un autre billet sur une autre compagnie.

 

mercredi 19 septembre 2007

Les expertises ADN pour obtenir des papiers, bon sujet pour relancer ce blog

Bon ça reste modeste puisque l'idée est uniquement de renvoyer vers ce lien où Jules, de Diner's Room procède à une analyse juridique de l'amendement Mariani. Ce qui est bien avec les analyses juridiques, c'est que, dans ce genre de cas d'amendements idéologiques, les textes existants sont assez sanglants. Malheureusement, ça n'empêchera pas l'amendement de passer et d'être appliqué...

Et même, hors les aspects juridique, je trouve que le plus choquant dans cette histoire, c'est ce bout de phrase :

- Les procédures classiques sont plus longues ?

Certes, mais il ne tient qu'à l'administration d'être plus efficace lorsqu'elle entend renverser le principe de la force probante des actes d'état civil. Soulever l'avantage qu'en retirent les étrangers en termes de rapidité n'est ni plus ni moins que se prévaloir de son incurie pour faire peser sur autrui un chantage douteux.

Derrière tout ça, le Président et son Assemblée continuent de développer l'image de l'étranger menaçant et tricheur, transformant ainsi en textes de lois les belles idées de M. Le Pen.

 

jeudi 6 septembre 2007

La mort de Bérégovoy

En lisant le retour sur l'actualité de 1993 par Magic (Blur, fin des Pixies, etc.), je redécouvre que Pierre Bérégovoy s'est "suicidé" de DEUX balles dans la tête. Comme l'affaire Boulin dont a reparlé Rue89 à ses débuts, c'est étonnant que pour les morts violentes récentes d'hommes politiques en France, la version du suicide soit si peu contestée.

 

lundi 27 août 2007

De l'utilisation des institutions quand ça m'arrange

Deux faits intéressants dans la déclaration de David Martinon, porte-parole de l'Elysée, la semaine dernière. Il y indiquait que Mme Sarkozy ne témoignera pas devant la future Commission parlementaire sur les contreparties de la libération des infirmières bulgares en Libye, au motif de la séparation des pouvoirs entre exécutif et législatif.

Tout d'abord, je trouve ça étonnant que le Président s'attache à une interprétation extensive de la Constitution pour éviter que sa femme réponde aux questions des parlementaires. C'est ce même Président qui regrettait pendant la campagne que le Président ne puisse se présenter devant le Parlement. Comme sa Commission sur la réforme de la Constitution n'a pas commencé ses travaux, la convocation de ses envoyés personnels en Libye, Mme Sarkozy et M. Guéant, représentait une voie détournée, dans le cadre actuel, pour que le Président réponde de son action devant le Parlement, comme il a l'air de le souhaiter. C'est donc particulièrement étonnant qu'il souhaite limiter cette intervention à celle de M. Guéant. Sur quels motifs ?

Ensuite, et c'est peut-être plus inquiétant, le Président, par son porte-parole, invoque la nécessaire séparation des pouvoirs, principe fondamental de la démocratie. Mais en décidant de lui-même d'intervenir sur ce sujet de la Libye, et ce avant même que la Commission soit formée, il témoigne d'une vision peu "séparée" des pouvoirs : n'est-ce pas au Parlement, seul, dans toute son indépendance par rapport à l'exécutif, de définir l'objet et les témoins de cette Commission au moment de sa création et pendant ses travaux ? Au nom de quoi le pouvoir exécutif est-il à même de décider qui doit être reçu par une Commission du pouvoir législatif ? Cette intervention ex ante montre bien le désir de ce Président de contrôler les travaux du Parlement, ce qui revient à nier ainsi le principe de séparation des pouvoirs.

Comme on en a l'habitude maintenant, M. Sarkozy communique en se drapant dans les plus beaux principes pour mieux les fouler aux pieds.

PS : Quant à son point de vue sur la Constitution, sa récente sortie sur le Conseil Constitutionnel (qui a supprimé l'effet rétroactif des déductions d'intérêts d'emprunts immobiliers) montre bien toute l'importance qu'il accorde à ce document.

 

lundi 13 août 2007

L'importance discrète de la finance

Plusieurs articles sont parus ces derniers jours au sujet de la crise financière qui affecte les Etats-Unis et l'ensemble des marchés mondiaux. Pour replacer les choses dans leur contexte, je rappelle que la CAC40 a perdu 677 points entre le 16 juillet et 10 août, soit 11% de sa valeur (6126 le 16/07). Cette chute, dans la foulée de Wall Street et des autres Bourses, fait suite à la crise des fonds "subprime" aux Etats-Unis. Je ne saurai pas bien expliquer les mécanismes financiers donc si vous voulez comprendre, allez voir la bonne explication de José Ferré.

En tout cas, ce que j'en retiens, c'est que c'est un problème important, qui touche tout le monde par le biais des taux de prêts et, indirectement, des niveaux des prix. C'est également un problème pour lequel existent deux voies de sortie :

  • une chute de la Bourse, due à une perte de confiance des investisseurs et des banques qui conduit à la volonté de chacun de vendre ses titres au plus vite
  • un risque de hausse de l'inflation, due à l'injection d'argent frais par les banques centrales, qui pourrait entraîner une (légère) dévaluation de la monnaie

Dans cette deuxième option, on ferait porter sur les ménages et les entreprises les effets d'un système financier non contrôlé. C'est pourtant l'option que semble avoir choisi la BCE, qui a injecté 200 milliards d'euros en trois jours la semaine dernière, afin de rétablir la confiance que les banques ne s'accordaient plus mutuellement. C'est un geste exceptionnel : pour comparaison, seuls 60 milliards d'euros avaient été injectés le 12 septembre 2001. J'imagine que la BCE a estimé que le risque d'inflation était très faible, puisque c'est sa mission première de surveiller l'inflation. Mais je me demande dans quelle mesure cette intervention correspond aux missions de la BCE.

C'est quand même étonnant que la BCE ait toujours refusé d'utiliser les outils à sa disposition pour baisser la valeur de l'euro (injection d'argent et baisse des taux) et renforcer la compétitivité externe des entreprises européennes (problème qui, il est vrai, semble surtout français) mais que, dès qu'une crise financière se profile, elle les utilise pour protéger les banques et les investisseurs.

Par ailleurs, toujours sur le même sujet, la plupart des commentaires journalistiques rapportent l'actualité de l'heure et personne ne remet en cause la financiarisation de l'économie et ces crédits "subprime" qui ne repose sur aucun produit et où l'on prête sans avoir l'argent que l'on prête.

Et si, enfin, une réflexion sur les avantages et les inconvénients de la finance était menée et qu'on rationnalisait ces comportements pour reconnecter la finance avec la production réelle de biens et de services ?

PS : j'ai bien conscience de mes limites en matière de théorie économique et financière et suis preneur de toute explication corrigeant et/ou précisant ce que j'ai compris. C'est par exemple le cas de M. Wyplosz

 

dimanche 15 juillet 2007

Agriculture et progrès

J'avais mis de côté ce billet de José Ferré car le titre m'intéressait mais je n'avais pas eu le temps de regarder la vidéo. Effectivement, en quelques minutes, on nous présente un constat accablant, qui mérite d'être discuté (je ne sais pas si ce qu'il raconte sur l'agriculture d'antan est vrai), mais qui donne une idée de la conception du progrès qu'on a adopté en Occident depuis 50 ans.

 

mardi 10 juillet 2007

Paquet fiscal ou comment jeter l'argent public par les fenêtres

Les députés examinent actuellement les principales mesures du "paquet fiscal" promis par Nicolas Sarkozy. Comme attendu, ce projet a pour objectif de favoriser les contribuables les plus riches, sans aucune garantie de contrepartie pour l'économie française et tout en maintenant le trou des finances publiques françaises.

Sur le bouclier fiscal à 50%

Cette mesure coûte 1,4 milliards d'euros à l'Etat pour 245 000 foyers bénéficiaires (soit environ 1% des foyers) et, comme le souligne les échos, près de la moitié de la somme (585 millions d'euros) bénéficiera à seulement 13 000 foyers très aisés, soit une réduction d'impôts de 45 000 euros par foyer ! Pour se faire une idée, on paye trois personnes au SMIC avec ça.

Cette mesure est censée éviter l'évasion fiscale et faire passer le message que "chacun pourra garder la moitié de ce qu'il gagne". Pour ce qui est de l'évasion fiscale, il faut quand même relativiser le mouvement : le rapport Marini de 2004, légèrement à charge, constate qu'environ 300 à 400 assujettis à l'ISF partent tous les ans. Sur ces 300 à 400, on ne sait pas combien reviennent et on sait encore moins pourquoi ils partent : l'exil pour cause de fiscalité concerne donc probablement moins de 300 personnes par an, sur les 457 000 foyers assujettis en 2005 (en forte croissance). Par ailleurs, le même rapport a évalué à 10 millions d'euros par an le déficit de recettes tirées de l'ISF pour l'Etat. Si on fait très large, on peut considérer que 50 millions d'euros partent chaque année à cause de l'ISF (en incluant toutes les autres taxes non payées). Avec la mesure de bouclier fiscal, le déficit de recettes pour l'Etat est 28 fois plus important et on n'est même pas sûrs qu'ils ne vont pas se casser quand même. Le calcul m'étonne moi-même donc n'hésitez pas à me corriger.

Cela dit, le truc rigolo, c'est que ça devrait pas coûter si cher puisque pour bénéficier du bouclier fiscal, il faut le demander. Et, bizarrement, tout le monde ne le demande pas : sur les 93 000 foyers qui pouvaient bénéficier du bouclier à 60% déjà en place, seulement 1780 ont fait une demande. Ce qui se passe en fait, c'est que les riches ont peur de se signaler au fisc et d'écoper d'un éventuel contrôle fiscal. En fait, ils préfèrent payer 65% ou 75% de ce qu'ils déclarent plutôt que 60% de ce qu'ils ont. Il est cependant probable que le nouveau "bouclier", ramené à 50% et même à 39% car y seront incluses la CSG et la CRDS, les incitera peut-être à sortir du bois.

Dans tous les cas, l'option choisie par le Président semble définitivement la plus médiatique mais la moins efficace. Une révision du système de l'ISF aurait été probablement plus intelligente et plus efficace et aurait évité l'usine à gaz qui se prépare.

Sur l'éxonération de charges sociales pour les heures supplémentaires

Je ne vais pas revenir sur les présupposés de cette mesure, qui fait croire que les employés pourront décider de travailler plus et de gagner plus alors que ce sont généralement les employeurs qui décident des besoins en heures supplémentaires. Je me contenterai d'une analyse macro de la question, sous l'angle de la répartition du travail en France. Le dernier numéro d'Alternatives économiques laisse la parole à Gilbert Cette sur ce sujet. Outre ses propos, un tableau illustre le paysage du travail dans différents pays européens. Ce qui frappe pour la France, ce sont les éléments suivants :

  • productivité horaire très forte : 106,7% de la productivité des Etats-Unis contre 98,6% pour l'Allemagne, 88,9% pour les Royaume-Uni et 90,6% pour la zone euro à 12.
  • taux d'emploi des 15-24 ans très faible : 26% contre 42,6% pour l'Allemagne, 56,8% au RU et 60,8% aux Etats-Unis (36,8% dans la zone euro à 12)
  • taux d'emploi des 55-64 ans faible : 40,7% contre respectivement 45,4%, 56,8%, 60,8% et 41,3%

On en conclut que notre PIB est élevé du fait de peu d'actifs qui travaillent très efficacement. La première conclusion semble donc d'encourager une meilleure répartition du travail entre les actifs de 15 à 64 ans et non encourager ceux qui travaillent déjà bien à travailler encore plus. Je ne conteste pas que la théorie disant que le travail appelle le travail (je n'en sais rien en fait mais plutôt pourquoi pas) mais ne faudrait-il pas se concentrer sur les jeunes et les travailleurs âgés pour que ces catégories là travaillent plus facilement ? En ce sens, la proposition d'exonérer d'impôts les revenus des étudiants et le message de suppression des retraites anticipées vont dans le bon sens mais iraient encore mieux si une partie des 5 milliards attribués d'office au faux enterrement des 35h leur étaient affectés. Là encore, le dogmatisme et les mesures médiatiques ont conduit à un gaspis de l'argent public (enfin moi je trouve).

Sur la réforme des droits de succession

Encore une belle imposture : alors qu'on nous fait croire qu'on veut valoriser la "valeur travail", les principales mesures fiscales visent à protéger les détenteurs de capital et de patrimoine, au détriment mécanique des gens qui n'ont que leur travail. Cette réforme, couplée avec le bouclier fiscal et le récent amendement visant à augmenter l'abattement d'ISF sur la résidence principale (et dans une moindre mesure sur les déductions d'intérêt d'emprunts immobiliers) constituent les étapes les plus franches pour faciliter la vie des rentiers et des propriétaires.

Sur les parachutes dorés

Je pense que malgré les effets d'annonce de Sarkozy et d'autres candidats, il n'était de toute façon pas possible "d'interdire les parachutes dorés". La proposition sur la table, qui confie aux conseils d'administration le soin de fixer des règles encadrant ces rémunérations exceptionnelles est probablement ce que la droite peut faire de plus, vu qu'il n'est pas question que les salariés des entreprises concernées émettent leur avis sur la question...

Cerise sur le gâteau : les intérêts d'emprunts immobiliers

Nous avons là la mesure la plus démagogique du paquet (et c'est un beau trophée !) : on flatte le chaland en lui faisant miroiter des déductions d'impôts alors que la mesure aura pour seul effet de priver l'Etat de ressources qui seront directement perçues par les propriétaires et que le chaland, favorisé à court terme, le paiera à long terme. L'effet le plus prévisible de cette mesure sera une hausse des prix de l'immobilier, qui viendra absorber l'espace créé par la déduction d'impôt. Je ne précise pas que ce secteur n'avait pas besoin de ça pour nourrir la bulle actuelle. Je fais le raisonnement moi même et il est possible que ce ne soit pas tout à fait correct mais j'invite les passants sur ce blog à me trouver un économiste susceptible de défendre cette mesure et d'y voir plus d'avantages que d'inconvénients. Mais le Président a dit...

En conclusion, on a bien là un ensemble de mesures de droite, pure et dure, c'est-à-dire au seul bénéfice des classes aisées et détentrices de patrimoine. Il n'y a presque rien pour les classes défavorisées de la société. Comme toujours à droite, le raisonnement explique qu'en allégeant les charges sur les riches, ils vont pouvoir investir et nourrir la croissance. A mon sens, ils seront surtout incités à acquérir plus de biens (qui ne créent pas d'emplois) puisqu'il ne seront plus taxés dessus, ni via l'ISF, ni à la succession. Et l'Etat aura perdu 13 milliards d'euros par an !

Comme le rappelle José Ferré, derrière une "ouverture" réalisée grâce aux ambitions personnelles de certains, c'est bien une politique fermée que nous avons là.

 

mardi 3 juillet 2007

Difficile équilibre entre discours et actes

Rachida Dati s'est fendu d'une belle dissertation dans Libé hier pour défendre son projet de loi sur la révision du statut pénal des mineurs délinquants. Deux parties, la première pour dire que l'éducation, c'est important quand même (et qu'elle laisse le primat à l'éducatif dans l'ordonnance de 1945 : encore heureux ! Qu'est ce que ça aurait été si elle avait donné le primat au répressif !) et même pour dire que les déterminants sociaux sont importants (!), la seconde pour dire que le répressif et, en l'occurrence, la prison sont des réponses nécessaires pour dissuader les actes délictueux ou criminels.

Malheureusement, l'ensemble manque un peu de liant. Notamment, la phrase destinée à renverser le propos est la suivante :

Mais si les mineurs, comme parfois les adultes, sont déterminés, ils sont aussi des êtres libres et responsables de leurs actes.

Euh... Non ! Justement, s'ils sont mineurs et considérés comme tels, ils ne sont pas totalement responsables de leurs actes. Bien évidemment, ce n'est pas le jour des 18 ans qu'on devient, instantanément, responsable. Mais c'est à cet âge que la perspective change et jusqu'à cet âge, la tolérance est plus grande car on suppose que la responsabilité de l'individu est peut-être moins en cause. De plus, je suis persuadé que les juges savent bien distinguer la situation d'un adolescent de 17 et demi multirécidiviste et d'un enfant de 14 ans qui commet sa première infraction.

Pour revenir aux projets de Mme Dati, comme le rappelle la rédaction de Libé :

Ndlr : le projet de loi renforçant la lutte contre la récidive prévoit que les mineurs de plus de 13 ans se verront infliger des peines minimales dites «peines plancher», et les mineurs de plus de 16 ans encourront le même maximum de peine que les majeurs. Ainsi, un jeune de 13 ans dont c’est la deuxième infraction devrait être obligatoirement condamné à un minimum de six mois d’emprisonnement s’il est décidé de le condamner à une peine.

C'est donc bien, derrière le discours convenu sur la nécessaire éducation et l'audacieuse utilisation de la loi pénale à cette fin, le projet de faire basculer les jeunes de 16 à 18 ans dans le régime des majeurs et de sanctionner plus durement les jeunes de 13 à 16 ans. On peut probablement compter sur l'appréciation des juges, même si celle-ci est remise en cause par le principe même des "peines-planchers". Par ailleurs, on ne discutera pas ici des effets destructeurs de l'incarcération, a fortiori sur des mineurs, ni des problèmes de surpopulation carcérale supplémentaires que cette loi va entraîner.

Je m'en tiendrai à un raisonnement basique : si on impose aux mineurs de 16 ans les mêmes devoirs et obligations que les adultes, pourquoi ne leur donne-t-on pas les mêmes droits ? Si, pour Mme Dati, les mineurs sont des êtres libres, pourquoi ne bénéficient-ils pas de la liberté de vote, d'expression et d'action (liberté qui est aujourd'hui déléguée à leurs parents jusqu'à 18 ans) ?

C'est donc bien un déséquilibre que propose Mme Dati.

 

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