mercredi 29 août 2007

3 BDs petit format

La guerre d'AlanGhost worldL'amour est une protéine

Alors que le deuxième tome de "Pascal Brutal" est sorti mais que je ne l'ai pas encore lu, je reviens sur trois BDs, éditées en petit format (environ A5) et plutôt intéressantes :

  • Une BD d'Emmanuel Guibert (que j'ai découvert par "Le Photographe"), qui s'appelle "La guerre d'Alan" (L'Association). Il y raconte la deuxième guerre mondiale vécue par Alan Ingram Cope, un américain devenu un de ses amis. Le récit est ordinaire mais instructif et surtout précis et très bien illustré par Guibert (j'aime bien son dessin)
  • Dans un genre plus profond et inquiétant, "Ghost World" et "Caricature" de Daniel Clowes. J'ai enfin décidé de me plonger dans Daniel Clowes, l'un des auteurs américains de BD les plus reconnus ici (son dernier, "Ice Haven" avait été unanimement salué). J'ai préféré "Ghost World", qui a donné lieu à une adaptation en film, très bien (avec Scarlett Johansson) et en série, sous le nom de Daria, sur MTV. En gros, ça raconte l'adolescence de deux copines qui détestent tout, jusqu'au jour où l'une des deux en a marre. L'autre, "Caricature", est un recueil d'histoires un peu malsaines (je m'excuse d'ailleurs auprès d'Ali) et dérangeantes. Le thème principal de Clowes est l'adolescence et le mal-être qui l'accompagne et je trouve qu'il en parle bien.
  • Enfin, un peu dans le même style mais d'une autre origine, "L'amour est une protéine" de Choi Kyu-Sok, un mahnwan coréen, également recueil d'histoires dérangeantes : comme il le dit dans la préface, l'auteur veut faire de la BD pour décrire des situations sociales pas forcément drôles. C'est plus ou moins fin mais j'apprécie ces ouvrages courageux et difficiles. Et en plus, c'est très bien dessiné.

PS : pour tout ça, merci aux bibliothèques de Paris (Clowes) et de Saint-Martin-de-Ré (Guibert et Choi).
PPS : le style un peu bizarre de ce billet est inspiré du style de la narration de "La guerre d'Alan", que je viens de finir.

 

jeudi 7 juin 2007

Bouleversant : "Pourquoi j'ai tué Pierre"

pourquoi_tue_pierre.jpg Toujours grâce à la bibliothèque, j'ai pris "Pourquoi j'ai tué Pierre", un album d'Alfred et d'Olivier Ka, qui a été couronné d'un prix "Essentiel d'Angoulême" en janvier. Et j'ai pris un choc. Cette BD est entrée dans la catégorie des oeuvres, rares, et de BD, encore plus rares, qui m'auront bouleversé. Au point que le sommeil fut dur à trouver une fois le livre refermé. Pourquoi ?

Le dessin

Le dessin est classique, si l'on peut dire : un trait net, des couleurs vives, des personnages aux contours simples mais expressifs. Comme dans "Le combat ordinaire" de Manu Larcenet, on y trouve le souci de simplifier le dessin sans renier les émotions : la modifications des yeux ou des couleurs suffit à rendre parfaitement l'angoisse du personnage par exemple.

Enfin, comme le récit part de l'enfance, le dessin traduit bien cette innocence enfantine initiale et la rappelle tout au long du livre (le personnage principal grandit au fil du livre). C'est donc un dessin simple, efficace et compréhensif, qui sert admirablement une histoire émouvante.

Le scénario

Comme beaucoup de succès récents, "Pourquoi j'ai tué Pierre" raconte une histoire personnelle de l'auteur, Olivier Ka. Et comme ces succès, c'est la qualité de la rédaction et de la narration qui font de ce livre une réussite. Sans trop en dévoiler, Olivier Ka parvient à transmettre, sans pathos, un drame personnel et la façon dont il l'a surmonté. C'est toujours un exercice difficile de raconter ce type d'épisode de sa vie sans gêner le lecteur ou l'ennuyer. Ici, la combinaison dessin-histoire est très touchante et tout à fait troublante pour le lecteur.

Enfin, comme le souligne ce commentaire sur Bulle d'air, j'ai apprécié le fait qu'on sentait que le livre résultait d'un cheminement personnel d'Olivier Ka mais aussi de son amitié avec Alfred, qui a permis la mise en image et la conclusion de l'histoire.

Pour en savoir un peu plus, la fiche et quelques planches chez Delcourt.

PS : Après Pascal Brutal et L'enragé de Baru, ce sera la troisième BD que j'achète grâce à la bibliothèque. On ne célèbrera jamais assez les vertus de la gratuité...

 

dimanche 18 mars 2007

Deux modes de narration originaux (et rigolos) : le Surfer d'argent et Pascal Brutal

Toujours grâce à la bibliothèque, j'ai lu récemment deux bonnes BD qui se caractérisent par une certaine originalité dans le mode de narration : "le Surfer d'argent" de Stan Lee et Jack Kirby et "Pascal Brutal" de Riad Sattouf. Les deux BD n'ont pas grand chose à voir : l'une est un comic écrit dans les années 60 quand l'autre est une BD française d'un auteur de la bande de "l'Association" et des années 2000. Néanmoins, pour être sûr qu'on parle sur ce blog de choses dont on ne parle pas ailleurs, je fais le rapprochement entre les deux et je le justifie.

Dans le Surfer d'argent, le héros (le Surfer d'argent) n'arrête pas de parler tout haut pendant qu'il vole sur sa planche ou qu'il se bat avec des méchants. Il assomme le lecteur avec ses considérations sur la vie, la mort, le fait d'être super fort mais aussi super faible par rapport à Galactus, etc. Ça donne un charmant second degré à cette BD.

De son côté, Pascal Brutal est un héros viril qui vit dans le futur et dont les actions sont réellement commentées par le narrateur. Pour le coup, les commentaires de l'auteur sont clairement ironiques mais comme dans le surfer d'argent (et c'est là que se justifie le rapprochement), ce mode de narration donne du relief à l'action. Il est clair que les deux BD ne seraient pas aussi bonnes sans ce surplus narratif imaginé par leurs auteurs.

Pour illustrer le tout, voici une planche de chaque :

surfer.jpg pascal.jpg
 

lundi 12 mars 2007

NonNonBâ

nonnonba.jpg Sur les conseils du Jury du Festival d'Angoulême et des Editions Cornelius (que je respecte profondément), j'ai acheté (chez Ternisien Duclercq) "NonNonBâ", de Sigeru Mizuki, premier "manga" prix du meilleur album d'Angoulême.

Depuis l'arrivée des premiers mangas en France il y a une vingtaine d'années, sous forme télévisée puis sous forme papier (l'excellent "Akira"), la diffusion de la BD japonaise a connu une véritable explosion. En particulier, depuis quelques années, les séries de mangas à rallonge et en version poche font un carton auprès des plus jeunes, grâce notamment à une politique tarifaire intelligente (5 euros le petit album contre presque 10 euros pour un Gaston Lagaffe format A4). Beaucoup de séries ont été traduites et j'en connais peu :

  • "DragonBall Z", dont j'ai dû lire une trentaine de tomes en prépa
  • L'excellent "Monster", lu récemment et déjà éloigné des récits de combats traditionnels
  • Les premiers tomes de "20th Century Boys", du même auteur, mais qui ne m'ont pas convaincu

Par ailleurs, j'ai découvert une autre facette de la BD japonaise, à travers les récits de Jiro Taniguchi. Le plus grand choc a été "Quartier lointain" mais des BD comme "L'homme qui marche", "L'orme du Caucase", "Le journal de mon père" ou surtout "Le sommet des Dieux" ont confirmé le grand talent narratif de cet auteur, qui amène toujours une forte émotion, qu'on voit rarement venir.

C'est dans ce contexte que "NonNonBâ", de Shigeru Mizuki, a reçu, en janvier 2007, le prix du Meilleur Album 2006 au Festival d'Angoulême. Je l'ai donc acheté et lu.

Au bout des 300 pages en noir et blanc, qui raconte la vie d'un enfant de la campagne dans les années 30 (l'auteur lui-même ?) et sa relation avec une grand-mère/bonne mystique, je suis un peu frustré. Je m'attendais à des émotions fortes, ou alors à une narration originale mais non, "NonNonBâ" est une BD simple, accessible à tous (et en particulier aux plus jeunes) et assez peu trépidante. Je pense qu'en fait, son sacre est dû à deux facteurs :

  • son rang de "classique" : même simple, la BD respecte les bases d'une bonne bande dessinée (des personnages attachants, des aventures "extraordinaires")
  • son imprégnation profonde de la culture japonaise : le livre comporte environ 300 notes de lecture et recèle pour les connaisseurs du Japon de nombreuses références à sa culture qui donnent de la profondeur au récit qui peut paraître superficiel au premier abord. En particulier, il semble qu'il décrive justement les rapports sociaux du Japon des années 1930. Evidemment, cet aspect reste peu pertinent pour les ignares comme moi.

Pour conclure, je ne recommanderais pas chaudement cette BD et je continue de préférer "Quartier lointain". Mais il y a une chose qu'on ne peut pas lui enlever, c'est le véritable voyage au Japon qu'elle propose et, en particulier, le voyage au pays des Yôkaï, ces petits esprits des croyances traditionnelles japonaises. Pour ceux qui aiment Totoro ou plus généralement les films de Miyazaki, on trouvera donc ici des références intéressantes, bien que racontées de façon beaucoup moins emphatique que chez ce dernier. Pour ma part, je crois que je vais essayer de lire le livre sur les Yôkaï qui est cité en référence : "Kwaidan ou histoires et études des choses étranges" de Lafcadio Hearn.

 

mercredi 31 janvier 2007

Baru - L'Enragé

baru-enrage-tome1.jpgbaru-enrage-tome2.jpg

Je n'ai jamais été très attiré par Baru : son style de dessin n'est pas mon préféré et l'ouvrage qui me l'a fait connaître, son "Autoroute du Soleil" me semblait trop long.

Grâce à la bibliothèque Vandamme, très bien pourvue en BD, j'ai pris le premier tome de "L'Enragé" et ça a été un vrai choc. La violence du dessin, que je trouvais un peu vaine dans les pages de Baru que j'avais feuilletées avant, était d'un coup vraiment utile et efficace. Tout le premier tome est parcouru de la rage qui habite le "héros" et j'étais un peu secoué lorsque j'ai interrompu ma lecture au milieu du tome, un soir. C'est le genre d'émotion difficile à trouver en BD et pour cela, c'est une vraie réussite.

Deux semaines plus tard, je constate avec joie que le deuxième tome est disponible et je le finis rapidement. Le dyptique est très équilibré : le deuxième tome est moins brut mais fait avancer l'histoire en lui donnant une touche politique. Je pense qu'on y retrouve les idées de Baru mais il est moins intense et moins impressionnant (j'ai beaucoup aimé les rapports avec le père qu'il y a dans le premier).

Au complet, la série est excellente et mérite vraiment une lecture. Il est possible que je les achète et je pourrai les prêter à qui passe à la maison. Si c'est le cas, ce serait la première BD que j'achète grâce à la bibliothèque (je fais ici écho à un mode de diffusion de la culture qui pourrait être positif pour tous en se fondant sur une première mise à disposition gratuite des contenus).