Je crois que je peux dire que je suis un peu l'actualité de la BD. Grâce à une sensibilité de mon père et la générosité de mes deux parents, il y avait beaucoup de BD à la maison quand on était petits, avec évidemment une prédilection pour Astérix, Lucky Luke, Gaston, etc. Par ailleurs, il y avait quelques BD "de grands" que j'ai découvertes plus tard : "Ici même" de Forest et Tardi, "Le silence" de Comès, les Blake et Mortimer, "L'Incal" de Jodorowski et Moebius, des ouvrages de Schuitten et Peeters comme "La Fièvre d'Urbicande", de nombreuses BD d'Enki Bilal (la Trilogie Nikopol évidemment mais aussi "Partie de chasse", "Les Phalanges de l'Ordre Noir"), des BD bizarres de Druillet ("Les 7 voyages de Lone Sloane") et puis encore des BD que je n'ai toujours pas lues comme les oeuvres de Baudouin.
Vers la fin du lycée, il y eut aussi la découverte de pseudo-classiques comme "XIII" ou "Largo Winch", qui nous ont élevé au rang de pourvoyeurs officiels de Jean Van Hamme.
Donc, une première sensibilisation à la maison. Ensuite, vint le temps de la prépa et de l'internat. Pas mal de boulot et en guise de pauses, pas mal de BD (et de ciné aussi). Gros trafic de BD dans les couloirs de l'internat et pas mal de découvertes et/ou confirmations. A ce moment là, c'était toujours la BD franco-belge qui tenait la corde avec des BD comme "La complainte des Landes perdues" ou "Le grand pouvoir du Chninkel". J'ai bien aimé aussi les BD de la Vache Pi par exemple ou à peu près tout Tardi. Ce qui caractérisait quand même cette époque, c'était la présence quasi exclusive de BDs de 48 pages au format A4. Je pense que la première porte de sortie est venue par la découverte de la bande de l'Association et notamment les "Lapinot" et les "Donjon" de Lewis Trondheim. J'oubliais, c'est aussi à cette période que j'ai lu mes premières BD de Larcenet et de Sfar, auteurs importants s'il en est depuis. Dans le même temps, vers la fin, j'ai commencé à m'éloigner des XIII et Largo Winch, finalement un peu faciles et pas vraiment intéressants. A ce propos, j'ai lu deux BD d'IRS cet été, et je ne comprends pas comment ça peut aussi bien marcher : l'intrigue est nullissime et le dessin est vraiment mauvais. Enfin...
Bon, tout ça pour dire que malgré cet élargissement du spectre des auteurs et des styles de BD, je suis passé à côté, tout ce temps, de David B.
Je l'ai découvert cet été avec sa série devenue son classique, "L'Ascension du Haut-Mal". Ce bouquin s'incrit dans la lignée des BD autobiographiques qui sont venus, ces dernières années, enrichir considérablement le registre d'émotions de la BD. Mais là où beaucoup de nouveaux auteurs commençent par une BD autobiographique pour se lancer, "l'Ascension du Haut-Mal" arrive après une bonne carrière de dessinateur et sa réalisation, sur 6 ou 7 ans, a été entrecoupées d'autres oeuvres. C'est une BD sur l'épilepsie du frère de David B. et ses conséquences sur sa famille, sa jeunesse et sa vie. C'est extrèmement bien dessiné et très très intéressant. Comme le dit Wikipedia, "Le thème de la mort est très présent dans l'ensemble de son travail", mais avec toujours un pincée de fantastique qui éclaircit cette perspective.
Du coup, dans la foulée, j'ai emprunté un certain nombre de BD de cet auteur à la bibliothèque et j'apprécie vraiment beaucoup à la fois son univers scénaristique et ses dessins. Parmi ce que j'ai lu, je recommande "Les Ogres", avec Christophe Blain (autre redécouverte de cet été) et "Les Chercheurs de Trésor". Il me reste à explorer ses premières oeuvres, dans les années 1980 et le début des années 1990.
Aujourd'hui, David B. s'est brouillé avec d'autres membres de l'Association mais il faut reconnaître que cette maison a quand même permis de renouveler complètement la BD des 15 dernières années.
[MàJ à 11h40] : J'ai quand même réussi à oublier un héros qui m'a accompagné des débuts de l'adolescence à aujourd'hui sans jamais me décevoir ni donner l'impression de se répéter : Corto Maltese.