On me demande beaucoup en ce moment : "Alors, qu'est que ça fait ?". Ce qu'il faut comprendre, c'est : "Qu'est ce que ça fait d'être papa ?". Et j'avoue que mon impression varie alors de la perplexité à l'agacement. Alors je vais essayer de répondre.
Ce que ça fait le jour même : une grosse émotion qui monte toute la journée et explose le soir. On a beau avoir neuf mois pour se préparer, le bébé qui sort est forcément différent de ce qu'on avait pensé, même si dans mon cas, je n'avais pas imaginé des choses très précises. Ça fait aussi un peu peur, quand on voit une humaine miniature, qui semble devoir se briser au moindre faux geste. Ça fait aussi une impression d'inutilité, pour le père, tellement c'est la mère qui fait tout (Pour ma part, j'étais chargé de tenir le "haricot", tâche dont je me suis acquitté correctement, sans plus). Et puis ça fait de la fierté, un peu, mais une fierté tempérée par l'impression de ne pas avoir fait grand chose. Mais bon, elle est tellement jolie que j'étais quand même étonné et fier, donc, que la moitié de ses gènes viennent de moi. Et donc le soir, après une grosse journée qui change la vie, on s'aperçoit que la vie a changé mais on ne sait pas encore comment.
Ce que ça fait ensuite, c'est finalement pas grand chose. Tant que la mère et la fille sont à la maternité, c'est finalement une nouvelle activité d'aller les voir mais la maison ne change pas et toutes les activités organisées par les puériculteurs permettent de remplir les journées tout en intégrant petit à petit que cette Louise est la nôtre et qu'il va falloir s'en occuper jusqu'en 2030 à peu près.
Enfin, quand on rentre la maison, ce que ça fait d'être père, c'est surtout de la fatigue et de l'incompréhension devant les humeurs du petit être et l'éphémérité des solutions qu'on met au point. Ça fait aussi de la fascination pour les progrès de Louise : elle ne fait que boire, dormir et crier mais on voit tous les jours qu'elle progresse et qu'elle avance. Et puis un peu de culpabilité de laisser Cécile gérer ça toute seule toute la journée alors que je vais au bureau, où personne ne crie ou presque.