Cette année, avant de donner un quelconque Top 10 de l'année, passons en revue les différents genres et tendances de la musique. Identifier les tendances, c'est surtout regarder ce qui se passe autour de mon genre préféré, la pop. Donc on ne parlera quasiment pas ici de rap, de rn'b, et pas du tout de musique classique ou jazz.
Autour de la pop, donc, je trouve trois tendances principales :
- du folk à n'en plus pouvoir
- de l'électro qui explose et contamine le rock
- du rock qui se la raconte
Du folk à n'en plus pouvoir
Jusqu'à il y a peu, le folk, c'était en gros Neil Young et la nécessité sociale d'avoir "Harvest" dans sa cédéthèque. En 2007, le frémissement du nouveau folk a grandi, avec des têtes d'affiches comme Devendra Banhart et en 2008, ce sont des groupes par dizaines qui ont cherché quelque chose de nouveau dans ce genre (en anglo-amérique et en France).
On distingue deux mouvement dans ce renouveau :
- les "conservateurs" : ils sont dans la lignée du folk des années 70 (guitare sèche, voix aérienne) et essayent surtout d'installer une ambiance de recueillement. Ce sont Fleet Foxes, Beach House, Cocoon, Moriarty, Essie Jain ou Alela Diane.
- les "mélangeurs" : ils héritent du retour du rock d'il y a quelques années mais ne veulent pas en faire et ils apprécient le son d'un banjo. Ils ont une petite tendance pop. Ce sont Born Ruffians et Noah and The Whale par exemple.
Bien évidemment, mes goûts pour la pop me poussent à préférer les seconds. Mais, si je veux être hype, je suis quand même obligé de trouver un groupe dans la première catégorie que je trouve vraiment mieux que les autres. Ce sera Beach House et son album "Devotion".
Mais le vrai choc a finalement été un album de 2007 : "Where has it gone, all the beautiful music of our grandparents ? It died with them, that's where it went..." de Misophone. C'est grâce à la Blogothèque que j'ai découvert ce groupe original et tout à fait confidentiel. Ces deux gars écrivent des dizaines de chansons mais ne font aucun concert. Cet album serait leur dixième mais je ne sais pas si quelqu'un a vu les neuf premiers. Ils en ont fait trois autres depuis que je n'ai pas écoutés (ça en fait quand même 13 en 5 ans...). Grâce notamment à des vieux instruments, Misophone arrive à créer un univers où je me suis plongé d'autant plus facilement qu'ils savent vraiment trouver des mélodies.
Le micro-label français "Another record" a dans les cartons de sortir un album de Misophone en France bientôt mais ça a été récemment décalé à 2009.
Misophone - Nothing down there but trees
Enfin, côté français, la compèt' était assez relevée avec les connus-en-France Cocoon et Moriarty et le connu-en-Amérique Coming soon mais en bon "défricheur de talent", je choisirais "Jump out the window" de Orouni, découvert sur Deezer, vu en concert à l'International et doué aussi pour les mélodies. Ce sont des petits parisiens, aidez-les !
De l'électro qui explose et contamine le rock
Si le folk est l'enclume sur laquelle est posée le rock, l'électro sera le marteau. Après avoir remis des guitares dans le rock, en suivant le mouvement punk de la fin des années 70, la similitude continue et c'est maintenant des claviers et des bip-bip que les groupes mettent dans leur musique, comme New Order, The Cure ou Depeche Mode dans les années 80. Heureusement, ce n'est pas toujours si mauvais et, pour moi, cette année a été l'année de la découverte d'un style que je ne pensais pas capable de créer autant d'émotions.
Evacuons d'emblée le retour de Portishead, avec l'album "Third", qui est effectivement un peu électro mais reste unique dans son genre.
Nous avons ensuite les "puristes" : peu de paroles, pas de guitares mais un sens du rythme et/ou de la mélodie certain. Je ne suis pas le plus grand fan mais j'ai beaucoup aimé l'énergie de Crystal Castles (mon premier pogo depuis longtemps (toujours ?)) et de Birdy Nam Nam en concert ou l'intensité de Fuck Buttons. Dans le même genre, Ratatat fait des choses qui s'écoutent facilement.
Enfin, dans un registre plus grand public, la tête de file a été MGMT évidemment mais j'ai préféré nettement Black Kids et leur album "Partie Traumatic", qui donne une irrésistible envie de danser. Mais les meilleurs mélangeurs de genre de l'année auront été de loin Metronomy : ils ont du faire une trentaine de remixes de chansons et ont sorti un album génial, "Nights out", où un vernis de sons blip-blip recèle une mélancolie et une émotion sincères.
Et pour clore la partie électro, citons Sébastien "Love Machine" Tellier et son délicieux "Sexuality".
Du rock qui se la raconte

Si l'idée générale est donc de dire que le folk et l'électro ont pris le dessus cette année, un courant plus minoritaire continue de vouloir enrichir le rock avec les bonnes vieilles ficelles. Ça a donné un style que certains trouveront pompeux, ou en tout cas chargé, dont le but est de montrer que la musique, c'est sérieux. Pour moi, ce style hérite d'Arcade Fire et de Midlake, deux groupes récents qui ont bien renouvelé le genre. C'est une musique qu'il n'est pas facile d'adopter mais j'estime que plusieurs très bons albums s'en réclament. Je ne citerai pas TV on the radio et Why? qui ne m'ont pas emballé mais plutôt :
- "In Ear Park" de Department of Eagles et notamment l'excellente "No one does it like you"
- "Microcastle" de Deerhunter, que j'ai mis du temps à apprivoiser mais qui recèle quelques pépites (Agoraphobia, Never stops et Microcastle)
- Enfin et surtout, "You & Me" de The Walkmen, qui renferme une classe géniale et une profondeur qui m'ont beaucoup plus. Je conseille d'ailleurs de voir la vidéo de leur concert à Amsterdam.
Là encore, les français ne sont pas en reste et j'ai découvert (encore grâce à Deezer) il y a deux semaines "Victor, Victor" de Maison Neuve. Je suis étonné qu'un groupe de cette qualité ne soit pas plus connu : il est distribué encore par un petit label parisien, Sauvage Records et je suis très fier d'avoir l'exemplaire n° 26 de leur mini-album.
Demain, nous parlerons de la pop et du reste.